Devendra Banhart : nouveau prophète de la folk ??

Publié le par Dorian_G

 
Il n'a pas fallu deux ans au chanteur américain Devendra Banhart pour devenir une coqueluche médiatique. Voici un client idéal pour orner les couvertures des magazines et alimenter les rubriques "tendance" : un turban de maharadjah pour nouer l'abondante chevelure, des sandales aux pieds, des tatouages représentant des cercles concentriques et un beau visage christique, version Pasolini.
 
 

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Il devrait faire sensation au festival des Vieilles Charrues, à Carhaix-Plouguer (Finistère), samedi 23 juillet.

 

Devant ce nomade seulement âgé de 24 ans, la presse ne sait plus à quel mouvement se référer. On le présente généralement comme un héritier tardif du folk ­ une voix et une guitare sèche. Il prend des accents lincolniens pour relativiser : "Rien n'est plus vague que le folk. Pour moi, le folk, c'est la musique du peuple, faite par le peuple et pour le peuple. Je ne me considère donc pas comme un revivaliste . Je pense que le reggae est la forme supérieure du folk. Il y a un contenu politique, religieux, et en même temps, c'est physique, vous pouvez danser dessus tout en prêtant attention aux paroles. Le reggae combine tout ce que la musique devrait être."

Devendra Banhart

 

Puisqu'il n'a pas de domicile fixe et taille la route comme le faisait jadis l'écrivain Jack Kerouac, serait-il un beatnik ? Ou un néo-baba cool ­ - on l'entend, en 2005, parler de mauvaises ou de bonnes "vibrations" et vanter les vertus de la vie en communauté ? Plus sûrement quelqu'un de son époque : Devendra Banhart incarne parfaitement l'idéal altermondialiste. S'il n'a ni lit ni frigo, il ne se sépare jamais de son ordinateur portable.

D'autant qu'il a pris soin de construire sa légende. On peut imaginer que la mythomanie y tient une large place, à l'instar du jeune Bob Dylan, qui, à ses débuts, s'inventait une biographie pour se distinguer. Si l'on s'en tient à l'histoire officielle (sa parole seule fait foi), Devendra Banhart est né en 1981 quelque part au Texas. Ses parents étaient des hippies (bien que l'espèce se raréfiât sous Ronald Reagan) et c'est à un gourou indien qu'il doit son prénom féminin.

Il revendique cette ambivalence sexuelle que l'on retrouve dans sa voix. "Je ne me suis jamais rebellé contre mes parents parce qu'ils étaient des gens de valeur, explique-t-il. Et j'étais trop jeune pour appartenir à la génération grunge. On considère souvent que l'esprit des années 1960 a disparu avec les hippies, que l'idée de paix et d'amour appartient à l'idéologie hippie. C'est une aberration parce qu'elle est constitutive de l'être humain."

 

 

Après la séparation de ses parents, l'enfant suit sa mère à Caracas (Venezuela), pays dont il ne garde pas de bons souvenirs. Ensuite, il bourlingue comme L'Aventurier de Jacques Dutronc. Inscrit dans une école d'art de San Francisco, il chante ses premières ballades dans un restaurant éthiopien puis dans un pub irlandais, galère à Paris, rentre à Los Angeles pour être repéré par Michael Gira, propriétaire du label Young God Records. Il enregistre trois disques acclamés par la critique bien que pratiquant le surplace autour d'une esthétique "feu de camp".

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A l'écouter, ses sources d'inspiration seraient sud-américaines : le chanteur vénézuélien Simon Diaz, le Brésilien Caetano Veloso et l'Argentin Atahualpa Yupanqui. En fait, sa musique doit beaucoup au psychédélisme et au romantisme britanniques. A deux disparus aussi, fauchés dans la fleur de l'âge : les arpèges évoquent le souvenir de Nick Drake, la voix chevrotante celui de Marc Bolan. Les paroles, entre chimères et cauchemars, ne semblent pas avoir plus de sens que les comptines absurdes de Syd Barrett, le fondateur de Pink Floyd.

Sa prolificité (quatre albums en trois ans) lui a valu d'être qualifié de génie en s'attirant même le compliment mortifère de "nouveau Dylan". De fait, Devendra Banhart est le rival le plus sérieux de notre Auvergnat Jean-Louis Murat. En guerre contre l'industrialisation de la musique, tous deux revendiquent l'artisanat de leur métier. Certes, mais les ébénistes polissent quand même leurs meubles. Eux ne filtrent rien, négligent de faire le tri dans leur production.

Aussi ses chansons restent-elles souvent à l'état d'esquisses. On a pu parler de primitivisme, mais ce mot lui fait horreur : "Je ne l'utilise jamais. Quel est son opposé ? Sophistiqué ? Avancé ? Ces peuples sont beaucoup plus développés spirituellement et même technologiquement : eux savent gérer les ressources. Je remplacerai ce mot par "essence". J'aime élaguer pour atteindre la substance des choses. Je pense que les plus grands poètes disent beaucoup avec peu de mots : Rimbaud, Richard Brautigan, Miguel Angel Asturias, le Nigérian Amos Tutuola." Pris par ses lectures, Devendra Banhart ne regarde jamais la télévision.

Au festival des Vieilles Charrues, il devrait présenter les titres d'un quatrième album, Cripple Crow, à paraître en septembre. Il a été enregistré dans la région de Woodstock (cela ne s'invente pas), dans le studio que possédait Albert Grossman, le manager de Bob Dylan. Au milieu "des cerfs, des dindes sauvages et des ours" . "En studio, mon but a toujours consisté à ne pas exclure le monde extérieur pendant l'enregistrement, dit-il. C'est une collaboration avec le temps qui passe. Chaque branche qui tremble au vent, chaque oiseau qui s'envole doivent se retrouver sur la bande."

Bien, mais il faut aussi composer des chansons. Avec un brin de forfanterie, il entretient son personnage de surdoué spontané : "J'avais été en tournée pendant deux ans et demi et j'étais paniqué. L'enregistrement commençait seulement deux mois après la fin de mon dernier concert en Australie. Je n'avais que deux chansons. J'ai loué une maison dans le coin et j'en ai écrit quarante-cinq." Il en reste vingt-deux sur le disque.

Malgré quelques tablas babas et des choeurs hare krishna, Devendra Banhart renouvelle cette fois miraculeusement son langage, avec un piano et des cordes élégiaques.

Bruno Lesprit
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Publié dans Musique

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