Roberto Alagna, sifflé, quitte la scène de la Scala

Publié le par Dorian_G



Le ténor français Roberto Alagna a créé un beau scandale, dimanche 10 décembre à Milan, en désertant la scène de la Scala au milieu de la représentation d'Aïda, l'opéra de Giuseppe Verdi qui ouvre la saison du prestigieux théâtre. Quelques sifflets ont suffi, dès le premier acte, à la fin de la périlleuse aria "Celeste Aïda", pour désarçonner le chanteur, qui a commencé par s'asseoir sur un gradin du décor, avant de sortir d'un pas furibond en dégrafant son costume de Radamès. Dans le passé, les plus grands chanteurs, y compris la mythique Callas, ont été la cible du très difficile public de la Scala, mais aucun, jusqu'à présent, n'avait réagi ainsi, abandonnant le spectacle en cours. "Je n'avais jamais vu une chose pareille après tant d'années de Scala", a confirmé le directeur d'orchestre, Riccardo Chailly, resté abasourdi à son pupitre.

Le ténor Roberto Alagna dans le rôle de Radamès à La Scala de Milan, le 7 décembre 2006. | AP/MARCO BRESCIA




La fuite de Roberto Alagna a provoqué un terrible charivari, des loges au parterre. Après quelques instants de flottement, pendant lesquels la jeune Amneris s'adressait à un Radamès fantôme, est apparu le ténor remplaçant, Antonello Palombi, qui restera dans l'histoire comme le premier Radamès à avoir chanté à la Scala en blue-jeans et chemise. Le décalage était total entre la tenue contemporaine du capitaine de la garde et la mise en scène luxuriante de Franco Zefirelli. Mais le public a finalement été convaincu. En témoignent les neuf minutes d'applaudissements qui saluèrent la représentation.


"JE N'Y REVIENDRAI PLUS"


"Face au public de ce soir, j'avais l'impression d'être hors du monde", a simplement dit Roberto Alagna pour expliquer son coup de tête. Le ténor s'était déjà montré nerveux, au lendemain de la générale, jeudi 7 décembre. Il n'avait pas apprécié les critiques de sa prestation, plutôt tièdes. "Les critiques musicaux sont prévenus et incompétents", avait-il déclaré au quotidien La Repubblica. Il estimait au contraire : "A la générale et à la première, j'ai été le meilleur, j'ai très bien chanté." Le premier soir, il y avait déjà eu une huée, au même moment du premier acte : "C'était quelqu'un qui, à l'évidence, a voulu se distinguer, mais je m'attends à pire pour les prochaines représentations", prophétisait le chanteur, dont les relations avec le public milanais ont souvent été tumultueuses.

A la veille de son esclandre, Roberto Alagna avait déjà annoncé ses adieux à la Scala : "Je n'y reviendrai plus, avait-il confié aux journalistes. Ce n'est pas un théâtre fait pour moi, je chante les quatre représentations d'Aïda, puis j'annule Manon Lescaut programmée en 2008." Selon lui, son épouse, la cantatrice Angela Gheorghiu, aurait également l'intention de déclarer forfait pour La Traviata, en juillet 2007 : "Pas plus que moi elle n'a envie d'entrer dans l'arène pour se faire massacrer", a-t-il conclu.

Après son coup d'éclat dans Aïda, il y a de toute façon peu de chance pour que l'institution lyrique fasse à nouveau appel à lui. Stéphane Lissner, le directeur français de la Scala, fidèle défenseur d'Alagna, dut monter sur scène pour quelques mots d'excuse et un remerciement soulagé au Radamès de substitution.

Article paru sur le site du Monde le 12 décembre

Je n'ai jamais pu supporter cette manie qu'on certains de se rendre à l'opéra comme à une corrida. La réaction d'Alagna est complètement justifiée !




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Publié dans Musique

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