Anna Netrebko : Sublime Violetta !!

mmuable cérémonial salzbourgeois pour ce soir de première de La Traviata, de Verdi : une épaisse rangée de badauds contemple les (presque toujours) riches et (parfois) célèbres que débarquent, sous la pluie, une armée de berlines grises ou de navettes d'hôtels chics. A l'intérieur, c'est l'ébullition. Des Japonais tirent le portrait de tout ce qui bouge et brille, des dames au "nez toboggan" et vêtues de morceaux de rideau façon "château de Sissi" se mettent dans le champ des caméras de la télévision autrichienne - qui transmet l'événement en léger différé -, au cas où cela tournerait...
Beaucoup appellent cette soirée le "Netrebko Show", du nom de la soprano russe Anna Netrebko, délibérément "vendue" comme un produit glamour par sa maison de disques, Deutsche Grammophon, et par son management. Le marché noir ramasse la mise : certaines places auraient atteint cinq fois leur prix initial. Il faut dire que la jeune femme, exceptionnellement belle, a tout pour plaire aux chaumières post-glasnost - son histoire serait celle d'une Cendrillon venue des provinces reculées de l'URSS. Mais elle excite la méfiance de la critique musicale spécialisée, qui déteste en général les "produits marketés".
DIVA AU BORD DE LA CRISE DE NERFS
Autre événement, moins glamour mais très attendu, les débuts à Salzbourg, dans cette immense salle du Grand Palais des festivals, de Rolando Villazon, le jeune ténor mexicain installé en France, entendu dans le même rôle d'Alfredo au Festival d'Aix-en-Provence l'été dernier (Le Monde du 10 juillet 2004). Toujours élégant musicalement, Villazon se donne corps et âme - et cela paie : triomphe pour lui aussi.
Pour une fois, la mise en scène n'a pas été sifflée. Le travail radical et dépouillé de Willy Decker est non exempt de facilités (la pendule omniprésente - entendez : le temps est compté pour Violetta -, les couleurs qui passent au noir et blanc quand l'héroïne renonce à Alfredo sous la pression du père de ce dernier), et la scénographie en demi-cercle est un vrai piège à sons. Mais la mise en scène est intelligente et n'exclut pas la poésie (à la fin, comme dans une arène, les personnages assistent, accablés et impuissants, à la mort de Violetta). En somme, cette Traviata, très bien dirigée par Carlo Rizzi, est un sans-faute.
La Traviata, de Giuseppe Verdi. Avec Anna Netrebko, Rolando Villazon, Thomas Hampson, Choeur de l'Opéra de Vienne, Orchestre philharmonique de Vienne, Carlo Rizzi (direction), Willy Decker (mise en scène), Festival de Salzbourg, le 7 août. Jusqu'au 27 août. Tél. : 00-43-662-8045-500.
Article du Monde 8 août 2005


