Les volcans contre le réchauffement...

Publié le par Dorian_G

Les éruptions volcaniques ont souvent des effets catastrophiques. De nombreux exemples historiques font état de ces déchaînements de la nature. Mais ces derniers peuvent aussi avoir des effets inattendus.

Une équipe scientifique australo-américaine, dirigée par John Church (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation, Tasmanie), vient de montrer, pour la première fois, que les particules et les gaz émis dans la stratosphère lors des grosses éruptions diminuent l'insolation de la Terre. Et, ce faisant, font baisser le niveau des mers de quelques millimètres. Le niveau océanique initial se rétablit une quinzaine d'années plus tard. "L'effet volcanique contrebalance et masque provisoirement la montée des eaux provoquée par le réchauffement climatique", expliquent les chercheurs dans la revue Nature du 3 novembre.



Quelques grandes éruptions historiques
La première grande éruption, qui a marqué le début de la civilisation en Europe, est celle du volcan Santorin, dans les îles des Cyclades, en 1650 av. J.-C. Elle pourrait être à l'origine de la disparition de la civilisation minoenne. La catastrophe du Vésuve, en l'an 79, a provoqué la destruction de Pompéi et d'Herculanum. Plus tard, l'éruption du Laki, en Islande, en 1783, a émis une telle quantité de cendres et de gaz qu'elle a entraîné la mort d'une grande partie du cheptel de l'île et provoqué une famine qui a duré plusieurs années. On peut aussi citer l'éruption du Tambora en Indonésie, en 1815, qui a causé la mort de 92 000 personnes ; celle du Krakatau, en Indonésie, en 1883, a entraîné un gigantesque tsunami et fait 36 000 victimes. Et, en 1902, les nuées ardentes émises lors de l'explosion de la montagne Pelée, en Martinique, provoquaient la mort de 29 000 personnes.


L'équipe scientifique est parvenue à ce constat en utilisant un modèle climatique, le Parallel Climate Model, et en recensant les données relatives à la température de surface des océans de 1890 à 2000. Elle a pu alors évaluer la dilatation thermique des mers ainsi que l'élévation de leur niveau pendant cette période.

Ils ont alors remarqué que les grosses éruptions volcaniques qui se sont produites depuis 1960 (mont Agung en Indonésie en 1963, El Chichon au Mexique en 1982 et mont Pinatubo aux Philippines en 1991) ont fait baisser le niveau océanique de quelques millimètres. La baisse la plus importante ­ 5 mm ­ étant corrélée à l'explosion au Pinatubo.

Au total, précise l'équipe de chercheurs, "entre 1890 et 2000 , l'action des volcans s'est traduite par une baisse du niveau océanique de 6 mm, la plus grande partie de cette élévation ayant eu lieu de 1960 à 20 00". Ensuite, il faut environ quinze ans pour que le niveau des mers retrouve son niveau précédant l'éruption. L'éruption du Pinatubo se fait encore sentir sur les océans.

De ce fait, une partie de l'élévation du niveau des océans, observée depuis cinquante ans, "reflète peut-être un retour progressif à la normale suivant l'éruption du Pinat ubo", explique dans le même numéro de Nature Anny Cazenave, chercheur au Legos (Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiale de Toulouse) et expert auprès du GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat). "Cela p eut expliquer aussi une partie de la montée du niveau des océans détectée par les satellites altimétriques depuis 1993 (3 mm/an comparés à 1,8 mm/ an).

Les données fournies par les marégraphes et par les satellites altimétriques Topex-Poséidon ont, en effet, montré que le niveau des océans s'est élevé de 10 à 20 cm durant le XXe siècle. Depuis 1950, cette ascension a été de 1,8 mm/an, puis est passée à 3 mm/an entre 1993 et 2003. Deux tiers de ce chiffre sont dus à la dilatation thermique des océans et un tiers à la fonte des glaciers de montagne et des glaces du Groenland.


40 À 50 CM D'ICI À 2100


La dilatation thermique des océans se produit mécaniquement quand les eaux se réchauffent. A masse égale, l'eau chaude occupe plus de volume que l'eau froide. Ainsi, même si l'espèce humaine n'émettait plus aujourd'hui de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, la réponse des océans se ferait sentir encore pendant plusieurs siècles et produirait une montée des eaux. Car les océans emmagasinent la chaleur et la restituent très longtemps après, en raison de leur inertie thermique.

Pour l'heure, les émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique continuent. Selon les modélisations et les données les plus récentes, le niveau des océans devrait s'élever de 40 à 50 cm d'ici à 2100. Un chiffre moins élevé que celui prévu il y a quelques années. Il y aura cependant, ajoute Anny Cazenave, "une forte variabilité de la réponse, avec des effets beaucoup plus importants sur l'Arctique que sur l'Antarctique".

Les observations indiquent, en effet, que l'Antarctique est à peu près en équilibre, car il y autant de glace qui se forme (à l'est) que de glace qui fond (à l'ouest). Au Groenland, il y a un peu de fonte, mais de manière modeste : 0,15 mm/an. Cependant, "à l'hor izon 2100, la plus grande contribution viendra de la fonte du Groenland" , précise Anny Cazenave.

Article paru dans le monde du 05/11/2005

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Publié dans Ecologie

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